DOCUMENTAIRE


 

Mots d'enfants - 2010 - 14 mn



A-Dumas-web

Réalisé par Franck Rosier

Autoproduction


 

Les dix dernières années ont vu émerger, en France, une prise de conscience notable des questions concernant la mémoire de l’esclavage. En effet, il semble dorénavant essentiel d’accorder à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent (loi Taubira du 21 mai 2001).

Ce film propose, par une incursion dans l’univers d’enfants scolarisés en région parisienne, de rendre compte des représentations actuelles liées à cette mémoire.

 

Un grand merci tout particulièrement à Luc GROGNET, Véronique FAUCHER, Jacquie LAMBOURDIERE et Luc MARECHAUX.

 

 

Participation Festival


Sept. 2010 : Festival International du Film Black de Montréal

 

 

Notes de réalisation

 

Le constat suivant a été fait dans le rapport établi par le comité pour la mémoire de l’esclavage et remis au premier ministre en avril 2005 :


«Il existe une forte attente, au-delà de tous les clivages, pour un acte symbolique fort et pour des actions concrètes de la part des plus hautes autorités de la République française qui s’inscrivent dans l’esprit de la loi du 21 mai 2001.

Cette attente s’explique par le fait que la très grande majorité de nos concitoyens du monde issu de l’esclavage sont convaincus que, malgré la loi du 21 mai 2001, l’histoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions continue d’être largement ignorée, négligée, marginalisée. Ces concitoyens perçoivent cet état de fait comme un déni de leur propre existence et de leur intégration dans la République. En tant que citoyens, ils demandent que soit reconnu un passé qui a modelé non seulement leurs sociétés, mais aussi la France dans son ensemble. Conscientes de l’importance des questions abordées dans ce débat, les personnes rencontrées ont toutes souligné que cette reconnaissance devait se traduire, notamment, par un geste symbolique de l’État français et par la prise en compte à part entière de cette histoire, présentée comme un événement majeur de l’histoire de France, dans les programmes scolaires. Ces gestes contribueront à une plus grande intégration citoyenne. »


Je tiens à rendre hommage au travail qui a été fait au long de ces dernières années et à l’initiative de nombre de nos concitoyens pour permettre que soient reconnue par l’état français l’extrême importance de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions dans l’histoire de France. Il est un fait que la revendication mémorielle ne date pas d’hier puisque Aimé Césaire, chantre de la négritude et l’un des fondateurs du mouvement, fait allusion à cette mémoire dans son premier texte, Cahier d’un retour au pays natal tandis que Frantz Fanon, dans les années 50, l’évoque implicitement dans Peau noire, masques blancs. Une très large majorité de nos concitoyens vivent cette certitude d’une absence de mémoire de l’esclavage et d’une blessure jamais complètement refermée. Il semble que la France, dans sa soif d’oubli de ce passé honteux, ait aussi oublié d’accorder un temps à la réconciliation entre les descendants de ceux qui ont organisé la traite négrière et de ceux qui l’ont subi. Il est, par ailleurs, difficile voire impossible de mesurer l’impact d’une chose qui ne se serait pas faite ou de son absence, surtout lorsqu’il s’agit d’événements distants de plusieurs centaines d’années. Et pourtant, on est en droit par exemple de se poser la question de savoir si la forme que prennent les revendications sociales aux Antilles françaises n’est pas à mettre en parallèle avec ces blessures passées. Aujourd’hui, l’état français se doit donc de permettre l’ouverture d’espaces d’expression et d’actions permettant à notre peuple de refonder son identité au sein de la république seule et multiple et c’est ce processus qu’elle a entamé.


Toutefois, d’autres questions peuvent aussi se poser et auxquels nul autre que nous ne pourrait répondre. Dans la mesure où effectivement, les blessures liées au traumatisme causé par des siècles de mise en esclavage de nos ancêtres n’ont pas été refermés et qu’implicitement nous vivons dans une sorte d’accord tacite dont l’origine serait lié au refoulement ou au déni de ces questions et qui du coup empêcherait la mémoire d’occuper la place réparatrice qui lui revient, dans quelles conditions ce traumatisme affecterait-il nos comportements aujourd’hui ? A ce propos, il est primordial qu’en parallèle des actions menées vis-à-vis de l’état français pour reconnaître les crimes du passé, nous nous engagions à ne pas renoncer à définir l’avenir de notre peuple et des individus qui la constituent et que nous continuions à lutter pour définir notre place au sein de la nation. Dans quelles mesures nos revendications ne sont-elles pas imprégnées d’une « attente » de la reconnaissance de l’autre, le représentant de cet autre étant l’état français. Je m’attache ici à revenir sur ce mot « attente », utilisé en tout premier lieu dans le constat inscrit dans le rapport du comité pour la mémoire de l’esclavage. Cette action d’ « attendre », de « compter sur » l’état français ne doit en aucun cas occulter d’autres formes d’actions plus directes et nécessaires car déterminantes de la construction de notre identité.


« L’audace d’expression est l’audace historique » nous dit Edouard Glissant. Nous nous devons d’être audacieux et individuellement de tenter de répondre aux questions relatives à notre place dans la société, voire de lutter avec les moyens que nous offre la démocratie pour trouver des réponses aux problématiques qui nous sont propres. N’est-ce pas à nous de définir un espace individuel d’expression au sein d’un espace collectif plus vaste ? Qui, mieux que nous sera à même de définir notre identité individuelle au sein d’une identité collective ?

Pour ma part, face à l’urgence que représente pour moi la nécessité de m’exprimer sur ces thèmes, j’ai pris l’initiative de réaliser un film sur la mémoire de l’esclavage. Mon point de vue découle directement des événements récents apparus ces dernières années. En effet, je souhaite donner à voire l’émergence d’une pensée en pleine mutation et les manifestations qui en découlent mais aussi, commencer à en envisager les limites par défaut.  Je me suis donc attaché aux différentes représentations récentes liées à la mémoire de l’esclavage. Par récente, j’entends datant des dix dernières années, puisque cette période marque un tournant majeur dans la prise de conscience et dans la prise en compte de cette mémoire.

 

C’est pourquoi, je m’intéresse à la parole d’enfant de moins de dix ans. Je souhaite retranscrire la façon dont ils appréhendent ces questions au travers de l’enseignement qui leur est fourni en classe. Observer leurs réactions face à d’aussi tragiques questions : entendre leurs certitudes par rapport à ces sujets mais aussi leurs doutes et leurs incompréhensions, souligner les implicites, observer la légère modification de comportement que pourrait induire l’apprentissage de ces faits historiques, rendre compte de l’évolution de leur compréhension du rapport entre les êtres humains... Par ailleurs, partant de l’hypothèse que la blessure irradiante dont parlait Aimé Césaire en évoquant ces « pays sans stèles, ces chemins sans mémoire » l’est sans doute aujourd’hui un peu moins, je parts à la recherche de ces lieux de mémoire, constitués parfois tout simplement de noms de rues mais aussi correspondant bien des fois à de magnifiques œuvres d’art chargées de signification.

 

 




 
© 2009/2014 - Franck Rosier - Realisateur
Realisation de films, videos, photos - Formation - Ateliers cinema et video
SIRET 750 148 066 00012 - APE 5911C - Plan du site